Anjum Katyal : Habib Tanvir, Towards an Inclusive Theatre

Habib Tanvir
आगरा बाज़ार

Première biographie (en anglais, paru en 2012 chez Sage Publications Pvt. Ltd) :

Quotes L’ouvrage d’Anjum Katyal est la première étude complète sur la vie et la contribution de Habib Tanvir à l’histoire du théâtre indien. Dramaturge, metteur en scène, acteur, journaliste et critique, Tanvir est peut-être surtout connu pour la pièce Charandas Chor. Cependant, sa véritable contribution à l’histoire du théâtre indien postindépendance est la voie qu’il a ouverte dans le développement du théâtre moderne. Ses productions avec Naya Theatre et les acteurs amateurs de l’État de Chhattisgarh ont démontré comment on pouvait mettre sur un pied d’égalité dans le théâtre moderne des thématiques sociales traditionnelles et une culture folklorique.

Habib Tanvir: Vers un théâtre inclusif explore divers aspects importants de la philosophie et de la pratique théâtrales de Tanvir alors qu’il expérimentait à la fois le contenu et la forme. En partant du début de sa vie et de son travail, Katyal brosse sa trajectoire professionnelle, d’Agra Bazar à Gaon Ka Naam Sasural, alors qu’il cherchait sa véritable forme, jusqu’à Charandas Chor, sa pièce la plus aboutie, qui caractérise la maturation finale de son style et, au-delà, de son œuvre entière.

Quelques références (en anglais) sur Habib Tanvir :

Encyclopædia Brtitannica IMDb Wikipedia

Interview (en anglais) de Habib Tanvir :

पात्र Personnages
बेनज़ीर
टोली
टोली
फ़क़ीर
हमीद
तमाशबीन
हमजोली
दारोगा
पंसारी
नवासी
किताबवाला
तज़किरानवीस
ग्राहक
ग्राहक
शायर
कनमैलिया
शोहदा
मदारी
बरतनवाला
दर्जी
पानवाला
पतंगवाला
ककड़ीवाला
लड्डूवाला
रेवड़ीवाला
बर्फ़वाला
तरबूज़वाला
रामू
चमेली, करीमन – हीजड़े
अंधा भिखारी
Bénazir, une courtisane
Dévots hindous
Dévots sikhs
Deux fakirs1
Hamid, un jeune garçon
L’acrobate
L’admirateur
L’agent de police, accompagné d’autres agents
L’épicier
La petite-fille du poète Nazir
Le bouquiniste
Maulana, le biographe
Le client du bouquiniste
Le client du vendeur de cerfs-volants
Le poète
Le cureur d’oreilles
Le libertin
Le montreur de singe, puis montreur d’ours
Le quincaillier
Le tailleur
Le vendeur de bétel
Le vendeur de cerfs-volants
Le vendeur de concombres
Le vendeur de gâteaux
Le vendeur de bonbons
Le vendeur de glaces
Le vendeur de pastèques
Ramou, le potier
Tchaméli et Kariman, deux eunuques
Le mendiant aveugle
Agra Bazar (jacquette en hindi)

La préface que Habib Tanvir a écrite pour l’édition de 2004 éclaire à la fois sur ses intentions et son admiration pour le poète Nazir Akbarabadi que l’on ne voit sur scène que par le truchement de sa petite-fille.

आगरा बाज़ार Agra Bazar
Habib Tanvir Traduction : Jyoti Garin, Muriel Calvet et Annie Heulin
अंक दो Scène 2
[पर्दा उठने से पहले फ़क़ीर उसी तरह हॉल में से गुज़र कर पर्दे के सामने खड़े होकर ‘बंजारा नामा’ सुनाते हैं। आख़िरी बंद पर पर्दा उठता है और फ़क़ीर गाते हुए मंच से चले जाते हैं।] [Avant que le rideau ne se lève, comme dans la scène 1, les fakirs traversent la salle, puis debout devant le rideau, ils chantent le « Le chant du tzigane ». Au cours de la dernière strophe, le rideau se lève et les fakirs quittent la scène en chantant.]
फ़क़ीर टुक हिर्स-ओ-हवा को छोड़ मियाँ, मत देस-बिदेस फिरे मारा
कज़्ज़ाक अजल का लूटे है दिन-रात बजाकर नक़्क़ारा
क्या बधिया, भैंसा, बैल, शुतुर, क्या गू में पल्ला सरभारा
क्या गेहूँ, चावल, मोठ, मटर, क्या आग, धुआँ, क्या अंगारा
Les fakirs Abandonne cupidité et convoitise, cesse d’errer de pays en pays !
Voici le Temps chapardeur sonnant de sa trompe jour et nuit.
À quoi bon bœufs, buffles, chameaux, à quoi bon tacher ses vêtements de cambouis
À quoi bon feu, braises et bûche de bois ? À quoi bon pois, blé, lentilles et riz ?
सब ठाठ पड़ा रह जावेगा, जब लाद चलेगा बंजारा Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
गर तू है लक्खी बंजारा और खेप भी तेरी भारी है
ऐ ग़ाफ़िल, तुझसे भी चढ़ता इक और बड़ा ब्यौपारी है
क्या शक्कर, मिसरी, कंद, गरी, क्या साँभर, मीठा, खारी है
क्या दाख, मुनक़्क़ा, सोंठ, मिरच, क्या केसर, लौंग, सुपारी है
Attention, il y a plus Grand Marchand que toi, mon ami !
Même si tu es un tsigane millionnaire, un grand marchand prospère, mon ami
À quoi bon betterave, sucre, candi, mon ami ? À quoi bon friandises sucrées ou salées, mon ami ?
À quoi bon raisin, gingembre, piment, mon ami ? À quoi bon girofle, bétel et safran, mon ami ?
सब ठाठ पड़ा रह जावेगा, जब लाद चलेगा बंजारा Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
जब चलते-चलते रस्ते में यह गोन तेरी ढल जावेगी
इक बधिया तेरी मिट्टी पर फिर घास न चरने आवेगी
यह खेप जो तूने लादी है, सब हिस्सों में बँट जावेगी
धी, पूत, जँवाई, बेटा क्या, बंजारन पास न आवेगी
Quand tu auras sillonné les routes, seule ta besace restera.
Pas une chèvre ne viendra paître là où tu reposeras.
Cette hotte que tu as chargée toute ta vie, ses trésors, on les dispersera.
À quoi bon famille et lignée quand tu mourras ? Plus jamais, ta belle tsigane, de toi, ne s’approchera !
सब ठाठ पड़ा रह जावेगा, जब लाद चलेगा बंजारा Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
क्यों जी पर बोझ उठाता है इन गोनों भारी-भारी के
जब मौत का डेरा आन पड़ा, फिर दूने हैं ब्यौपारी के
क्या साज़ जड़ाऊ ज़र-ज़ेवर क्या गोटे थान कनारी के
क्या घोड़े ज़ीन सुनहरी के, क्या हाथी लाल अमारी के
À quoi bon charger ton cœur du lourd désir d’or et d’argent ?
Quand la mort plante sa tente, c’est double gain pour le Grand Marchand !
À quoi bon tes violons sertis précieusement, tous tes tissus brodés d’argent ?
À quoi bon ces harnais incrustés d’or pour chevaux et éléphants ?
सब ठाठ पड़ा रह जावेगा, जब लाद चलेगा बंजारा Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
हर आन नफे और टोटे में क्यों मरता फिरता है बन-बन
टुक ग़ाफ़िल दिल में सोच ज़रा, है साथ लगा तेरे दुश्मन
क्या लौंडी, बाँदी, दाई, दवा, क्या बंदा, चेला नेकचलन
क्या मंदिर, मस्जिद, ताल, कुएँ, क्या घाट, सरा, क्या बाग़-चमन
Tu es obsédé par le profit, ainsi tu chemines de forêt en forêt, ami !
Pense, pense un instant, ô inconscient, qu’avec toi voyage l’Ennemi.
À quoi bon servante, mère, épouse choisie ? À quoi bon esclave, valet, disciple averti ?
À quoi bon temples, mosquées, étangs et puits ? À quoi bon granges, demeures et jardins fleuris ?
सब ठाठ पड़ा रह जावेगा, जब लाद चलेगा बंजारा Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
जब मर्ग फिराकर चाबुक को, यह बैल बदन का हाँकेगा
कोई नाज समेटेगा तेरा, कोई गोन सिये और टाँकेगा
हो ढेर अकेला जंगल में, तू ख़ाक लहद की फाँकेगा
उस जंगल में फिर, आह ‘नज़ीर’, इक तिनका आन न झाँकेगा
Quand jetant son lasso, ton corps de buffle la mort réclamera,
L’un, ton blé ramassera, l’autre, de ton sac de jute s’emparera.
Seul dans la jungle, la poussière du dernier trou tu mordras
Et le poète Nazir le dit : là, même l’abeille ne s’y hasardera !
सब ठाठ पड़ा रह जावेगा, जब लाद चलेगा बंजारा Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
[फ़क़ीर चले जाते हैं। सुबह हो रही है। कुछ दुकानदार आ चुके हैं। कुछ दुकानें खोल रहे हैं। फेरीवाले आवाज़ लगा रहे हैं।] [Les fakirs s’en vont. Il est tôt le matin. Certains commerçants sont déjà arrivés. D’autres sont en train d’ouvrir leurs échoppes ou installer leurs étals. On entend le cri des colporteurs.]
ककड़ीवाला आज सुबह-ही-सुबह सिपाही बाजार में क्यों चक्कर लगा रहे हैं? Le vendeur de concombres Hé, pourquoi tous ces agents dans le marché si tôt le matin ?
तरबूज़वाला कहाँ? हमने तो कोई सिपाही नहीं देखा। Le vendeur de pastèques Où ça ? J’ai vu personne.
लड्डूवाला अबे कालिये, तुझे पकड़ने के लिए आए होंगे। Le vendeur de gâteaux Espèce de négro, c’est toi qu’ils doivent chercher !
[शायर और हमजोली किताबवाले की दुकान पर आते हैं।] [Le poète et l’admirateur arrivent à l’échoppe du bouquiniste.]
ककड़ीवाला अबे, आने दे, तुझे क्या पड़ी है! मैं तो कहता हूँ, अच्छा है साले पकड़ ले जायें। पेट पर पत्थर बाँधे दिन-भर टाँगें तोड़ता रहता हूँ। इससे अच्छा है हवालात में बैठो, आराम से खाओ, मौज करो। जलनेवाले जला करें! Le vendeur de concombres Laisse-les débarquer ! Qu’est-ce que ça peut te faire ! Moi je dis que c’est très bien que ces bâtards m’arrêtent. J’ai tellement faim que je mangerais des pierres… et puis, les jambes me rentrent dans le corps. Autant rester au chaud en prison, manger à l’aise et rigoler… Je laisse les jaloux baver d’envie !
किताबवाला चौधरी गंगाप्रसाद साहब ने कुछ और नहीं कहा आपसे? Le bouquiniste Chaudhry Gangaprasad Sahib ne vous a rien dit d’autre ?
शायर उन्होंने इशारे में बात कही। मैं समझ गया कि यह मौक़ा मुनासिब नहीं। उन्होंने इशारे में बात कही। मैं समझ गया कि यह मौक़ा मुनासिब नहीं। Le poète Il m’a fait signe et j’ai compris que ce n’était pas le moment opportun pour l’aborder.
किताबवाला आख़िर उन्होंने कुछ तो जवाब दिया होगा? Le bouquiniste Mais il a dû vous dire quelque chose… une réponse ?…
शायर मैंने अर्ज़ किया ना, मैंने उनसे दीवान की इशाअत के सिलसिले में आपका ज़िक्र छेड़ा ही था कि उन्होंने फ़ौरन मेरी बात काटकर कहा कि वह ख़ुद आपसे मिलकर पहले कुछ पुराने मामलात पर गुफ़्तगू कर लें, फिर किसी नई किताब के मुताल्लिक ग़ौर करेंगे। Le poète Je vous l’ai déjà dit. Quand j’ai mentionné la publication de votre ouvrage, il m’a coupé la parole et m’a dit qu’il aimerait effacer certaines vieilles affaires entre vous avant d’envisager tout nouveau projet de livre.
किताबवाला आपने मेरा ज़िक्र ही क्यों किया? Le bouquiniste Mais pourquoi lui avez-vous parlé de moi ?
शायर और क्या करता? Le poète Que pouvais-je faire d’autre ?
किताबवाला अरे साहब, मैं उनका मुद्दत से कर्ज़दार हूँ। इसीलिए तो मैंने आपसे कहा था कि अपनी किताब का आप ख़ुद ज़िक्र छेड़िये। Le bouquiniste Hélas Maître, j’ai des dettes envers lui depuis longtemps. Voilà pourquoi je vous avais demandé de parler de votre livre vous-même !
[पतंगवाला तोते का पिंज़रा हाथ में लिये गुनगुनाता हुआ आता है और दुकान खोलता है।] [Le vendeur de cerfs-volants porte une cage de perroquets et arrive en chantonnant. Il ouvre son échoppe.]
पतंगवाला कुछ वार पैरते हैं, कुछ पार पैरते हैं
इस आगरे में क्या-क्या ऐ यार पैरते हैं
Le vendeur de cerfs-volants Certains nagent de ce côté-ci, d’autres nagent de ce côté-là.
Mon ami, comme ils nagent tous bien. C’est Agra !
मुबारक हो, रामू। सुना है, तेरे ’हाँ लड़का हुआ है और ख़ूब ढोलक बजी। Félicitations Ramou ! Il paraît qu’un fils est né chez toi et que c’était la grande fête au son du tambour !
बरतनवाला अरे भैया, तुम कहाँ चले गए थे? Le potier Hé frère, mais où tu étais passé ?
पतंगवाला मैं गया था मियाँ ‘नज़ीर’ के साथ तैराकी का मेला देखने। वापस आता हूँ तो क्या देखता हूँ कि दुकान पर जुर्माना हो गया है। अमाँ यार, यह बैठे-बिठाए अच्छी चपत पड़ी। Le vendeur de cerfs-volants J’ai accompagné Maître Nazir à la grande fête de la nage, la traversée de la Yamuna. Je reviens et qu’est-ce que je vois ? Une amende à l’échoppe. Quelle poisse ! Comme ça, pour rien !
बरतनवाला तुम कह देना, मेरी दुकान तो बंद थी। गवाह मौज़ूद हैं। मैं गवाही दे दूँगा। Le potier Tu n’as qu’à dire que ton échoppe était fermée. Il y a des témoins. Je vais témoigner.
पतंगवाला कौन सुनता है, मियाँ, तुम्हारी दाद-फ़रियाद? Le vendeur de cerfs-volants Mais qui va écouter nos plaintes ?
[तज़किरानवीस किताबवाले की दुकान पर आता है।] [Le biographe arrive à l’échoppe du bouquiniste.]
यह आए, देखिये, दाढ़ी लगाये सन की-सी। Tiens, le voilà avec sa barbe, le vieux sénile !
[दोनों हँसते हैं।] [Ils rient.]
बरतनवाला [पतंगवाले के पास बर्फी लेकर आता है।] लो, बर्फी खाओ। लो, खाओ थोड़ी-सी। बहुत मीठी है। लब चिपकते हैं। तोता साथ लेकर तैरने गए थे क्या? Le quincaillier [Apportant des sucreries au vendeur de cerfs-volants] Tiens, mange des gâteaux ! Allez, prends-en un peu. C’est très sucré, ça colle bien. On en a plein les lèvres. Tu es allé nager avec ton perroquet ?
पतंगवाला पिंज़रा हाथ में उठाए दरिया पार करता हूँ, क्या समझते हो! उफ, जमुना के अंदर छतरी से लेकर बुर्जे-ख़ूनी और दारा के चबूतरे तक बल्कि और उससे भी आगे आदमी छकाछक भरे हुए थे। हर तरफ़ लोगों के सर ही सर! मालूम होता था, तरबूज़ तैर रहे हैं। थाली छोड़ो तो सरों पर जाए। पर, यार, ग़ज़ब करते हैं अपने आगरेवाले भी! यार लोग हुक़्क़ा पीते दरिया पार करते हैं। भई, हद हो गयी! Le vendeur de cerfs-volants Imagine la scène… ! La cage à la main, je traverse la rivière ! Ah là là ! La Yamuna était noire de monde, de Tchhatri aux terrasses de Bradjkhoti et de Dara, et bien au-delà ! De tous les côtés, on ne voyait que des têtes ! On aurait dit des pastèques flottantes ! Oui, je sais, c’est une histoire de fous… Ma parole, ils avaient reçu un coup de thali sur la tête ! Mais, mon vieux, ils font des prodiges, nos amis d’Agra ! Ils traversent la rivière en fumant le narguilé ! C’est incroyable !
किताबवाला सुन लिया, हुज़ूर, आपने। मियाँ ‘नज़ीर’ दरिया-किनारे नीम-उरियाँ परियों का तमाशा देखने गए थे। पीरी में भी वही आलम है। Le bouquiniste Vous avez entendu, Monsieur ? Maître Nazir est allé au bord de la rivière, voir le spectacle de sirènes demi-nues. Malgré son grand âge, toujours la même ardeur !
तज़किरानवीस बुढ़ापा इंसान का मिज़ाज तो नहीं बदल देता। पुरानी आदतें हैं, कैसे छूटेंगी? ज़ोर था तो ख़ुद तैरते थे। अब अगले ज़माने की याद और उन यादों की हसरत लिए जमुना-किनारे खिंचे चले जाते हैं कि जो ख़ुद नहीं कर सकते दूसरों को करता देखकर हविस पूरी कर लें। Le biographe L’âge ne modifie pas le caractère de l’homme. Les vieilles habitudes, comment voulez-vous qu’elles disparaissent ? Quand il était dans la force de l’âge, il nageait lui-même. Maintenant il lui reste le souvenir des temps passés et les regrets, c’est ce qui l’attire vers la rive de la Yamuna. Ce qu’il ne peut plus réaliser lui-même, il prend plaisir à voir d’autres le faire.
हमजोली साहब, लेकिन यह तैराकी का मेला होता बड़ा काफ़िर है। और यह बहार आगरे ही में है। कितना हसीन, कितना शायराना मंज़र होता है। सच पूछिये तो जी मेरा भी बहुत चाहता है कि शिरकत भी करूँ और ऐसे हसीन मौज़ू पर शे’र भी कहूँ। बस यह समझ में नहीं आता कि क्योंकर? L’admirateur Mais Monsieur, cette fête du printemps est très populaire ! Et si typique d’Agra ! C’est tellement beau et tellement poétique ! Pour être tout à fait franc, même moi, j’ai bien envie d’y participer et d’écrire quelques vers sur ce beau thème. Mais je ne sais pas comment m’y prendre…
शायर बस इस तरह कहना शुरू कर दीजिए- Le poète Vous pourriez commencer par dire par exemple,
कुछ वार पैरते हैं, कुछ पार पैरते हैं
इस आगरे में क्या-क्या ऐ यार पैरते हैं
Certains nagent de ce côté-ci, d’autres de ce côté-là.
Mon ami, comme ils nagent tous bien. C’est Agra !
[सब हँसते हैं।] [Tout le monde rit.]
हमजोली इस मौज़ू पर सही माने में भी तो शे’र कहा जा सकता है? L’admirateur Sur ce thème, cela doit être possible d’écrire un vrai poème, n’est-ce pas ?
शायर तैराकी पर? Le poète Sur la nage ?
हमजोली क्यों नहीं? L’admirateur Et pourquoi pas, Maître ?
शायर वह क्योंकर? Le poète Et comment cela, je vous prie ?
हमजोली यही अगर समझ में आ जाता तो कह न देता शे’र। L’admirateur Hélas, si je le savais, je vous aurais déjà récité le poème !
शायर जिस मौज़ू पर आप शे’र नहीं कह सकते उसे शायराना मौज़ू ठहराना क्या मानी? Le poète Pourquoi appeler poétique un thème sur lequel on ne peut pas composer de poèmes ?
हमजोली मैंने तो सिर्फ़ इतना कहा कि जी चाहता है, यह तो नहीं कहा कि इस पर शे’र कहना आसान या मुमकिन है। L’admirateur J’ai juste dit que j’en avais envie, Maître. Sauf le respect que je vous dois, je n’ai pas dit que c’était facile, ni même, faisable.
शायर जिस मौज़ू पर शे’र कहना मुमकिन न हो उस पर शे’र कहने की ख़्वाहिश कहाँ की अक़्लमंदी है! Le poète Et vous trouvez cela intelligent d’écrire un poème sur un sujet impossible en poésie !
लड्डूवाला फिर तू मेरी जगह घुसा। अपने जिगरी कने जाके बैठ। Le vendeur de gâteaux T’as encore pris ma place ? Va te mettre à côté de ton pote préféré !
ककड़ीवाला अबे, तेरा दिमाग तो नहीं चल गया? हवा से लड़ता रहता है! Le vendeur de concombres Hé, t’as perdu la tête ? Toujours en train de te battre contre des moulins à vent !
[दो सिपाही पान की दुकान पर आते हैं और पान खाते हैं।] [Deux policiers s’approchent de l’étal de bétel et sont en train de chiquer du bétel.]
तरबूज़वाला फिर से झगड़ा न शुरू कर देना, भैया। नहीं तो टोकरों में फल का एक दाना बचेगा न सर पर एक बाल। Le vendeur de pastèques Hé frère, ne recommencez pas à vous battre sinon il ne vous restera même plus une graine de concombre dans votre panier ni un cheveu sur la tête !
[उसी तरफ़ से एक लड़का हमीद आता है और पतंग की दुकान पर जाता है।] [Hamid, un jeune garçon, entre sur scène du même côté et se dirige vers l’échoppe de cerfs-volants.]
हमीद कल कहाँ गायब हो गए थे? Hamid Mais Monsieur, où est-ce que vous aviez disparu, hier ?
पतंगवाला साहब, ज़रा तैराकी का मेला देखने चले गए थे। Le vendeur de cerfs-volants J’étais juste allé à la fête de la nage, petit.
हमीद हम यह समझे, बस पतंग-वतंग बेचना छोड़ दिया आपने। Hamid J’ai pensé que vous aviez cessé de vendre des cerfs-volants.
पतंगवाला भला पतंगबाज़ी और पतंग-फ़रोशी हमसे छूट जाए, अजी तौबा कीजिए! कहिये, कौन-सी पतंग चाहिए? हर रंग, हर नौअ, हर मज़ाक, हर बहार की पतंगें मौजूद हैं, हुज़ूर, कौन-सी पतंग लीजियेगा? दोधारिया, गिलहरिया, पहाड़िया, दोबाज़, ललपरा, घायल, लँगोटिया, चाँद-तारा, बगुला दोपन्ना, ख़र्बूज़िया, पेंदीपान, दोकोनिया, कलसरा, ककड़ी, चैघड़ा, बाजरा, कजकुल्लह, चमचका, तुक्कल, झँजाव, माँगदार… Le vendeur de cerfs-volants Qui, moi ? Cesser de vendre des cerfs-volants ? Arrêter la cervolanterie ! Par pitié, non ! Dis-moi plutôt, quel cerf-volant tu veux. J’en ai de toutes les couleurs, de toutes les formes, un pour chaque humeur, pour chaque saison… Lequel veux-tu, jeune homme ? Do-dhariya (à double rayures), gilahria (en forme d’écureuil), pahariya (en forme de collines), do-baaz (motif à deux ailes), lal-para (aile rouge), ghayal (blessé), langotia (en forme de pagne), tchand-tara (avec la lune et les étoiles), bagula (en forme de héron), do-panna (à feuilles double), kharbouzia (en forme de pastèque), pendi-paan (en forme de feuille de bétel), do-konia (à double coins), kalasra (en forme de cruche), kakri (en forme de concombre), tchau-ghara (motif à quatre pots), bajra (moucheté de grains de millet), kaja-kulaah (chapeau de gendarme), tcham-tchaka (à paillettes), toukkal (le petit cerf-volant en papier), djhandjav (le cyclone), mang-dar (l’assiette de mendiant)…
हमीद बस भई बस, नाम तक नहीं सुने इन पतंगों के अपनी ज़िंदगी में। Hamid S’il vous plaît, arrêtez donc, Monsieur ! Je n’ai jamais entendu ces noms de cerfs-volants de toute ma vie !
पतंगवाला फिर क्या पतंग उड़ाते हैं आप? Le vendeur de cerfs-volants Alors quel genre de cerf-volant fais-tu voler ?
हमीद उड़ा लेते हैं थोड़ी-बहुत। आप तो हमें सीधा-सादा दोधारिया दे दीजिए। Hamid Eh bien, j’en fais voler un comme ça, de temps en temps, en amateur. Donnez-m’en un simple, à double rayures (do-dharia), s’il vous plaît.
पतंगवाला दोधारिया लीजिये। Le vendeur de cerfs-volants Le voilà !
हमीद दाम? Hamid C’est combien, Monsieur ?
पतंगवाला पच्चीस कौड़ी। Le vendeur de cerfs-volants 25 sous.
हमीद यह लीजिये। लड़का पतंग लेकर बाहर चला जाता है। Hamid Tenez, Monsieur !
[हमीद पतंग लेकर बाहर चला जाता है।] [Hamid prend le cerf-volant et s’apprête à quitter la scène.]
[हमीद से] ऐ मियाँ,ज़रा इधर आना, लड़के! [लड़का चला जाता है। मौलवी साहब लपकते हैं।] ज़रा बात सुनना, मियाँ। [मौलवी साहब दुकान पर वापस आ जाते हैं। कुछ देर बाद हमीद भी आता है।] बैठो! [मौलवी साहब हाथ से अपने पास बैठने को इशारा करते हैं। लड़का उनसे दूर हटकर बैठता है।] हमीद नाम है न तुम्हारा? Le bouquiniste [À Hamid] Psitt ! Viens ici, Petit ! [Hamid s’en va. Le biographe fait irruption.] Hé garçon, écoute-moi un instant ! [Le biographe retourne à la boutique. Hamid le suit un instant après.] Assieds-toi ! [Le biographe lui fait signe de venir s’asseoir à côté de lui, mais ce dernier s’assied à l’écart.] Tu t’appelles Hamid, n’est-ce pas ?
हमीद जी! Hamid Oui, Monsieur.
किताबवाला [तज़किरानवीस से] मौलाना! ज़रा इस लड़के के मुँह से उस्तादों का कलाम सुनिये। जैसी शक्ल पायी है, बख़ुदा वैसी ही आवाज़। Le bouquiniste [S’adressant au biographe] Maulana ! Vous devriez écouter ce garçon chanter les poèmes des grands maîtres. Croyez-moi, sa voix est aussi belle que son visage !
तज़किरानवीस माशा-अल्लाह! Le biographe Loué soit Allah !
हमीद क्या सुनाऊँ, मौलाना? Hamid Que voulez-vous entendre, Maulana ?
किताबवाला तुम्हें तो उस्तादों के पूरे-पूरे दीवान हिफ़्ज़ हैं। हमसे क्या पूछते हो, अपनी मर्ज़ी से सुनाओ। Le bouquiniste Tu connais par cœur des œuvres complètes des grands poètes alors pourquoi nous poser la question ? Chante ce qui te plaît !
तज़किरानवीस हाँ, मियाँ! Le biographe Oui. Allez, vas-y !
हमीद एक ग़ज़ल सुनाता हूँ। Hamid Je vais vous chanter un ghazel.
[बड़े सुरीले ढंग से गाता है। दुकानदार अपनी दुकानें छोड़कर पास आ जाते हैं। राहगीर रुक जाते हैं।] [Il chante d’une voix très mélodieuse. Les commerçants quittent leur boutique et s’approchent de lui. Les passants s’arrêtent.]
क़ासिद, तू मेरा नाम तो लीजो न वहाँ लेकिन
कहना कोई मरता है तेरा चाहने वाला
जैसा कि वह ही मुझसे ख़फ़ा रूठ चला था
अल्लाह ने क्यों तब ही मुझे मार न डाला
शायद वही बन-ठनके चला है कहीं घर से
है यह तो उसी चाँद-सी सूरत का उजाला
सहरा में मेरे हाल पे कोई भी न रोया
गर फूट के रोया तो मेरे पाँव का छाला
औरों को जो गिरते हुए देखा तो लिया थाम
हम गिर भी पड़े तो भी न ज़ालिम ने सँभाला
हम तुझसे इसी रोज़ को रोते थे ‘नज़ीर’, आह,
क्यों तूने पढ़ा इश्क़-ओ-मुहब्बत का रिसाला
Ne lui dis pas mon nom, messager,
Mais dis-le lui : « Il se meurt celui dont tu es la bien-aimée ».
Elle partit, en colère contre moi quand elle me quitta
Pourquoi Allah à cet instant ne me tua-t-il pas ?
Là, ce doit être elle qui quitte la maison, si bien parée.
Oui, de son visage radieux, c’est bien la clarté.
Dans le désert, nul ne versa de larmes sur mon lot,
Il n’y eut que les cloques de mes pieds pour éclater en sanglots.
Quand d’autres tombèrent, elle courut pour les aider,
Mais la Cruelle m’ignora quand moi-même je tombai.
Hélas, pauvre Nazir, tu fus averti chaque jour !
Pourquoi dévoras-tu si ardemment le livre de l’Amour ?
शायर [बड़े ताज्जुब से] यह मियाँ ‘नज़ीर’ की ग़ज़ल है? Le poète [Émerveillé] Ce ghazel est de Maître Nazir ?
हमजोली भई, क्या कहने है! हमें मियाँ ‘नज़ीर’ के इस कलाम की ख़बर न थी। L’admirateur Quelle merveille ! Je n’avais jamais entendu ce ghazel de Maître Nazir.
किताबवाला Le bouquiniste Mon ami, si un homme s’entraîne tout au long de sa vie, il finira bien par écrire un beau couplet de temps en temps. Rien d’étonnant ! Allons, jeune homme, chante-nous autre chose !
हमजोली L’admirateur Mais Monsieur, c’est un ghazel du terreau des plus grands maîtres !
किताबवाला Le bouquiniste Des poètes de troisième ordre qui poussent leur charrue sur le terreau des grands maîtres, on peut en trouver une foule !
हमजोली L’admirateur Mais Monsieur, il ne fait aucun doute que la tonalité de ce poème de Nazir est pure et sublime.

1 Un fakir ou faquir, (en arabe : faqīr, فقیر, lit. « pauvre »), est un ascète soufi (mouvement de spiritualité de l'islam) dans le sous-continent indien. Ce mot a un sens proche du mot persan derviche (derwiš, درويش, « mendiant »), avec lequel il est parfois confondu. Le terme est notamment employé pour désigner des individus qui réalisent des actes semblant magiques ou surhumains. Dans l'imaginaire occidental, ils sont communément associés aux planches à clous, à la lévitation et, parfois, au charme de serpents.