Habib Tanvir

Habib Tanvir
Āgrā bāzāra

Quelques références (en anglais) sur Habib Tanvir :

Encyclopædia Brtitannica IMDb Wikipedia

Interview (en anglais) de Habib Tanvir :

pātra Personnages
benazīra
ṭolī
ṭolī
faqīra
hamīda
tamāśabīna
hamajolī
dārogā
paṁsārī
navāsī
kitābavālā
tazakirānavīsa
grāhaka
grāhaka
śāyara
kanamailiyā
śohadā
madārī
baratanavālā
darjī
pānavālā
pataṁgavālā
kakaṛīvālā
laḍḍūvālā
revaṛīvālā
barfavālā
tarabūzavālā
rāmū
camelī karīmana – hījaṛe
aṁdhā bhikhārī
Bénazir, une courtisane
Dévots hindous
Dévots sikhs
Deux fakirs1
Hamid, un jeune garçon
L’acrobate
L’admirateur
L’agent de police, accompagné d’autres agents
L’épicier
La petite-fille du poète Nazir
Le bouquiniste
Maulana, le biographe
Le client du bouquiniste
Le client du vendeur de cerfs-volants
Le poète
Le cureur d’oreilles
Le libertin
Le montreur de singe, puis montreur d’ours
Le quincaillier
Le tailleur
Le vendeur de bétel
Le vendeur de cerfs-volants
Le vendeur de concombres
Le vendeur de gâteaux
Le vendeur de bonbons
Le vendeur de glaces
Le vendeur de pastèques
Ramou, le potier
Tchaméli et Kariman, deux eunuques
Le mendiant aveugle
Agra Bazar (jacquette en hindi)

La préface que Habib Tanvir a écrite pour l’édition de 2004 éclaire à la fois sur ses intentions et son admiration pour le poète Nazir Akbarabadi que l’on ne voit sur scène que par le truchement de sa petite-fille.

Āgrā bāzāra Agra Bazar
Habib Tanvir Traduction : Jyoti Garin, Muriel Calvet et Annie Heulin
aṁka do Scène 2
[pardā uṭhane se pahale faqīra usī taraha hôla meṁ se guzara kara parde ke sāmane khaṛe hokara ‘baṁjārā nāmā’ sunāte haiṁ। ākhirī baṁda para pardā uṭhatā hai aura faqīra gāte hue maṁca se cale jāte haiṁ।] [Avant que le rideau ne se lève, comme dans la scène 1, les fakirs traversent la salle, puis debout devant le rideau, ils chantent le « Le chant du tzigane ». Au cours de la dernière strophe, le rideau se lève et les fakirs quittent la scène en chantant.]
faqīra ṭuka hirsa-o-havā ko choṛa miyā(n) mata desa-bidesa phire mārā
kazzāka ajala kā lūṭe hai dina-rāta bajākara naqqārā
kyā badhiyā bhaiṁsā baila śutura kyā gū meṁ pallā sarabhārā
kyā gehū(n) cāvala moṭha maṭara kyā āga dhuā(n) kyā aṁgārā
Les fakirs Abandonne cupidité et convoitise, cesse d’errer de pays en pays !
Voici le Temps chapardeur sonnant de sa trompe jour et nuit.
À quoi bon bœufs, buffles, chameaux, à quoi bon tacher ses vêtements de cambouis
À quoi bon feu, braises et bûche de bois ? À quoi bon pois, blé, lentilles et riz ?
saba ṭhāṭha paṛā raha jāvegā jaba lāda calegā baṁjārā Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
gara tū hai lakkhī baṁjārā aura khepa bhī terī bhārī hai
ai ġāfila tujhase bhī caṛhatā ika aura baṛā byaupārī hai
kyā śakkara misarī kaṁda garī kyā sā(m)bhara mīṭhā khārī hai
kyā dākha munaqqā soṁṭha miraca kyā kesara lauṁga supārī hai
Attention, il y a plus Grand Marchand que toi, mon ami !
Même si tu es un tsigane millionnaire, un grand marchand prospère, mon ami
À quoi bon betterave, sucre, candi, mon ami ? À quoi bon friandises sucrées ou salées, mon ami ?
À quoi bon raisin, gingembre, piment, mon ami ? À quoi bon girofle, bétel et safran, mon ami ?
saba ṭhāṭha paṛā raha jāvegā jaba lāda calegā baṁjārā Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
jaba calate-calate raste meṁ yaha gona terī ḍhala jāvegī
ika badhiyā terī miṭṭī para phira ghāsa na carane āvegī
yaha khepa jo tūne lādī hai saba hissoṁ meṁ ba(n)ṭa jāvegī
dhī pūta ja(n)vāī beṭā kyā baṁjārana pāsa na āvegī
Quand tu auras sillonné les routes, seule ta besace restera.
Pas une chèvre ne viendra paître là où tu reposeras.
Cette hotte que tu as chargée toute ta vie, ses trésors, on les dispersera.
À quoi bon famille et lignée quand tu mourras ? Plus jamais, ta belle tsigane, de toi, ne s’approchera !
saba ṭhāṭha paṛā raha jāvegā jaba lāda calegā baṁjārā Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
kyoṁ jī para bojha uṭhātā hai ina gonoṁ bhārī-bhārī ke
jaba mauta kā ḍerā āna paṛā phira dūne haiṁ byaupārī ke
kyā sāza jaṛāū zara-zevara kyā goṭe thāna kanārī ke
kyā ghoṛe zīna sunaharī ke kyā hāthī lāla amārī ke
À quoi bon charger ton cœur du lourd désir d’or et d’argent ?
Quand la mort plante sa tente, c’est double gain pour le Grand Marchand !
À quoi bon tes violons sertis précieusement, tous tes tissus brodés d’argent ?
À quoi bon ces harnais incrustés d’or pour chevaux et éléphants ?
saba ṭhāṭha paṛā raha jāvegā jaba lāda calegā baṁjārā Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
hara āna naphe aura ṭoṭe meṁ kyoṁ maratā phiratā hai bana-bana
ṭuka ġāfila dila meṁ soca zarā hai sātha lagā tere duśmana
kyā lauṁḍī bā(n)dī dāī davā kyā baṁdā celā nekacalana
kyā maṁdira masjida tāla kue(n) kyā ghāṭa sarā kyā bāġa-camana
Tu es obsédé par le profit, ainsi tu chemines de forêt en forêt, ami !
Pense, pense un instant, ô inconscient, qu’avec toi voyage l’Ennemi.
À quoi bon servante, mère, épouse choisie ? À quoi bon esclave, valet, disciple averti ?
À quoi bon temples, mosquées, étangs et puits ? À quoi bon granges, demeures et jardins fleuris ?
saba ṭhāṭha paṛā raha jāvegā jaba lāda calegā baṁjārā Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
jaba marga phirākara cābuka ko yaha baila badana kā hā(n)kegā
koī nāja sameṭegā terā koī gona siye aura ṭā(n)kegā
ho ḍhera akelā jaṁgala meṁ tū khāka lahada kī phā(n)kegā
usa jaṁgala meṁ phira āha nazīra ika tinakā āna na jhā(n)kegā
Quand jetant son lasso, ton corps de buffle la mort réclamera,
L’un, ton blé ramassera, l’autre, de ton sac de jute s’emparera.
Seul dans la jungle, la poussière du dernier trou tu mordras
Et le poète Nazir le dit : là, même l’abeille ne s’y hasardera !
saba ṭhāṭha paṛā raha jāvegā jaba lāda calegā baṁjārā Toute richesse restera là quand le tsigane s’en ira.
[faqīra cale jāte haiṁ। subaha ho rahī hai। kucha dukānadāra ā cuke haiṁ। kucha dukāneṁ khola rahe haiṁ। pherīvāle āvāza lagā rahe haiṁ।] [Les fakirs s’en vont. Il est tôt le matin. Certains commerçants sont déjà arrivés. D’autres sont en train d’ouvrir leurs échoppes ou installer leurs étals. On entend le cri des colporteurs.]
kakaṛīvālā āja subaha-hī-subaha sipāhī bājāra meṁ kyoṁ cakkara lagā rahe haiṁ? Le vendeur de concombres Hé, pourquoi tous ces agents dans le marché si tôt le matin ?
tarabūzavālā kahā(n)? hamane to koī sipāhī nahīṁ dekhā। Le vendeur de pastèques Où ça ? J’ai vu personne.
laḍḍūvālā abe kāliye, tujhe pakaṛane ke lie āe hoṁge। Le vendeur de gâteaux Espèce de négro, c’est toi qu’ils doivent chercher !
[śāyara aura hamajolī kitābavāle kī dukāna para āte haiṁ।] [Le poète et l’admirateur arrivent à l’échoppe du bouquiniste.]
kakaṛīvālā abe, āne de, tujhe kyā paṛī hai maiṁ to kahatā hū(n), acchā hai sāle pakaṛa le jāyeṁ। peṭa para patthara bā(n)dhe dina-bhara ṭā(n)geṁ toṛatā rahatā hū(n)। isase acchā hai havālāta meṁ baiṭho ārāma se khāo, mauja karo। jalanevāle jalā kareṁ! Le vendeur de concombres Laisse-les débarquer ! Qu’est-ce que ça peut te faire ! Moi je dis que c’est très bien que ces bâtards m’arrêtent. J’ai tellement faim que je mangerais des pierres… et puis, les jambes me rentrent dans le corps. Autant rester au chaud en prison, manger à l’aise et rigoler… Je laisse les jaloux baver d’envie !
kitābavālā caudharī gaṁgāprasāda sāhaba ne kucha aura nahīṁ kahā āpase? Le bouquiniste Chaudhry Gangaprasad Sahib ne vous a rien dit d’autre ?
śāyara unhoṁne iśāre meṁ bāta kahī। maiṁ samajha gayā ki yaha mauqā munāsiba nahīṁ। unhoṁne iśāre meṁ bāta kahī। maiṁ samajha gayā ki yaha mauqā munāsiba nahīṁ। Le poète Il m’a fait signe et j’ai compris que ce n’était pas le moment opportun pour l’aborder.
kitābavālā ākhira unhoṁne kucha to javāba diyā hogā? Le bouquiniste Mais il a dû vous dire quelque chose… une réponse ?…
śāyara maiṁne arza kiyā nā, maiṁne unase dīvāna kī iśāata ke silasile meṁ āpakā zikra cheṛā hī thā ki unhoṁne faurana merī bāta kāṭakara kahā ki vaha khuda āpase milakara pahale kucha purāne māmalāta para guftagū kara leṁ, phira kisī naī kitāba ke mutāllika ġaura kareṁge। Le poète Je vous l’ai déjà dit. Quand j’ai mentionné la publication de votre ouvrage, il m’a coupé la parole et m’a dit qu’il aimerait effacer certaines vieilles affaires entre vous avant d’envisager tout nouveau projet de livre.
kitābavālā āpane merā zikra hī kyoṁ kiyā? Le bouquiniste Mais pourquoi lui avez-vous parlé de moi ?
śāyara aura kyā karatā? Le poète Que pouvais-je faire d’autre ?
kitābavālā are sāhaba, maiṁ unakā muddata se karzadāra hū(n)। isīlie to maiṁne āpase kahā thā ki apanī kitāba kā āpa khuda zikra cheṛiye। Le bouquiniste Hélas Maître, j’ai des dettes envers lui depuis longtemps. Voilà pourquoi je vous avais demandé de parler de votre livre vous-même !
[pataṁgavālā tote kā piṁzarā hātha meṁ liye gunagunātā huā ātā hai aura dukāna kholatā hai।] [Le vendeur de cerfs-volants porte une cage de perroquets et arrive en chantonnant. Il ouvre son échoppe.]
pataṁgavālā kucha vāra pairate haiṁ, kucha pāra pairate haiṁ
isa āgare meṁ kyā-kyā ai yāra pairate haiṁ
Le vendeur de cerfs-volants Certains nagent de ce côté-ci, d’autres nagent de ce côté-là.
Mon ami, comme ils nagent tous bien. C’est Agra !
mubāraka ho rāmū। sunā hai, tere hā(n) laṛakā huā hai aura khūba ḍholaka bajī। Félicitations Ramou ! Il paraît qu’un fils est né chez toi et que c’était la grande fête au son du tambour !
baratanavālā are bhaiyā, tuma kahā(n) cale gae the? Le potier Hé frère, mais où tu étais passé ?
pataṁgavālā maiṁ gayā thā miyā(n) ‘Nazīra’ ke sātha tairākī kā melā dekhane। vāpasa ātā hū(n) to kyā dekhatā hū(n) ki dukāna para jurmānā ho gayā hai। amā(n) yāra, yaha baiṭhe-biṭhāe acchī capata paṛī। Le vendeur de cerfs-volants J’ai accompagné Maître Nazir à la grande fête de la nage, la traversée de la Yamuna. Je reviens et qu’est-ce que je vois ? Une amende à l’échoppe. Quelle poisse ! Comme ça, pour rien !
baratanavālā tuma kaha denā, merī dukāna to baṁda thī। gavāha mauzūda haiṁ। maiṁ gavāhī de dū(n)gā। Le potier Tu n’as qu’à dire que ton échoppe était fermée. Il y a des témoins. Je vais témoigner.
pataṁgavālā kauna sunatā hai, miyā(n), tumhārī dāda-fariyāda? Le vendeur de cerfs-volants Mais qui va écouter nos plaintes ?
[tazakirānavīsa kitābavāle kī dukāna para ātā hai।] [Le biographe arrive à l’échoppe du bouquiniste.]
yaha āe, dekhiye, dāṛhī lagāye sana kī-sī। Tiens, le voilà avec sa barbe, le vieux sénile !
[donoṁ ha(n)sate haiṁ।] [Ils rient.]
baratanavālā [pataṁgavāle ke pāsa barphī lekara ātā hai।] lo, barphī khāo। lo, khāo thoṛī-sī। bahuta mīṭhī hai। laba cipakate haiṁ। totā sātha lekara tairane gae the kyā? Le quincaillier [Apportant des sucreries au vendeur de cerfs-volants] Tiens, mange des gâteaux ! Allez, prends-en un peu. C’est très sucré, ça colle bien. On en a plein les lèvres. Tu es allé nager avec ton perroquet ?
pataṁgavālā piṁzarā hātha meṁ uṭhāe dariyā pāra karatā hū(n), kyā samajhate ho! upha, jamunā ke aṁdara chatarī se lekara burje-khūnī aura dārā ke cabūtare taka balki aura usase bhī āge ādamī chakāchaka bhare hue the। hara tarafa logoṁ ke sara hī sara mālūma hotā thā, tarabūza taira rahe haiṁ। thālī choṛo to saroṁ para jāe। para, yāra, ġazaba karate haiṁ apane āgarevāle bhī yāra loga huqqā pīte dariyā pāra karate haiṁ। bhaī, hada ho gayī! Le vendeur de cerfs-volants Imagine la scène… ! La cage à la main, je traverse la rivière ! Ah là là ! La Yamuna était noire de monde, de Tchhatri aux terrasses de Bradjkhoti et de Dara, et bien au-delà ! De tous les côtés, on ne voyait que des têtes ! On aurait dit des pastèques flottantes ! Oui, je sais, c’est une histoire de fous… Ma parole, ils avaient reçu un coup de thali sur la tête ! Mais, mon vieux, ils font des prodiges, nos amis d’Agra ! Ils traversent la rivière en fumant le narguilé ! C’est incroyable !
kitābavālā suna liyā, huzūra, āpane। miyā(n) ‘Nazīra’ dariyā-kināre nīma-uriyā(n) pariyoṁ kā tamāśā dekhane gae the। pīrī meṁ bhī vahī ālama hai। Le bouquiniste Vous avez entendu, Monsieur ? Maître Nazir est allé au bord de la rivière, voir le spectacle de sirènes demi-nues. Malgré son grand âge, toujours la même ardeur !
tazakirānavīsa buṛhāpā iṁsāna kā mizāja to nahīṁ badala detā। purānī ādateṁ haiṁ, kaise chūṭeṁgī? zora thā to khuda tairate the। aba agale zamāne kī yāda aura una yādoṁ kī hasarata lie jamunā-kināre khiṁce cale jāte haiṁ ki jo khuda nahīṁ kara sakate dūsaroṁ ko karatā dekhakara havisa pūrī kara leṁ। Le biographe L’âge ne modifie pas le caractère de l’homme. Les vieilles habitudes, comment voulez-vous qu’elles disparaissent ? Quand il était dans la force de l’âge, il nageait lui-même. Maintenant il lui reste le souvenir des temps passés et les regrets, c’est ce qui l’attire vers la rive de la Yamuna. Ce qu’il ne peut plus réaliser lui-même, il prend plaisir à voir d’autres le faire.
hamajolī sāhaba, lekina yaha tairākī kā melā hotā baṛā kāfira hai। aura yaha bahāra āgare hī meṁ hai। kitanā hasīna, kitanā śāyarānā maṁzara hotā hai। saca pūchiye to jī merā bhī bahuta cāhatā hai ki śirakata bhī karū(n) aura aise hasīna mauzū para śera bhī kahū(n)। basa yaha samajha meṁ nahīṁ ātā ki kyoṁkara। L’admirateur Mais Monsieur, cette fête du printemps est très populaire ! Et si typique d’Agra ! C’est tellement beau et tellement poétique ! Pour être tout à fait franc, même moi, j’ai bien envie d’y participer et d’écrire quelques vers sur ce beau thème. Mais je ne sais pas comment m’y prendre…
śāyara basa isa taraha kahanā śurū kara dījie- Le poète Vous pourriez commencer par dire par exemple,
kucha vāra pairate haiṁ, kucha pāra pairate haiṁ
isa āgare meṁ kyā-kyā ai yāra pairate haiṁ
Certains nagent de ce côté-ci, d’autres de ce côté-là.
Mon ami, comme ils nagent tous bien. C’est Agra !
[saba ha(n)sate haiṁ।] [Tout le monde rit.]
hamajolī isa mauzū para sahī māne meṁ bhī to śera kahā jā sakatā hai? L’admirateur Sur ce thème, cela doit être possible d’écrire un vrai poème, n’est-ce pas ?
śāyara tairākī para? Le poète Sur la nage ?
hamajolī kyoṁ nahīṁ? L’admirateur Et pourquoi pas, Maître ?
śāyara vaha kyoṁkara? Le poète Et comment cela, je vous prie ?
hamajolī yahī agara samajha meṁ ā jātā to kaha na detā śera। L’admirateur Hélas, si je le savais, je vous aurais déjà récité le poème !
śāyara jisa mauzū para āpa śera nahīṁ kaha sakate use śāyarānā mauzū ṭhaharānā kyā mānī? Le poète Pourquoi appeler poétique un thème sur lequel on ne peut pas composer de poèmes ?
hamajolī maiṁne to sirfa itanā kahā ki jī cāhatā hai, yaha to nahīṁ kahā ki isa para śera kahanā āsāna yā mumakina hai। L’admirateur J’ai juste dit que j’en avais envie, Maître. Sauf le respect que je vous dois, je n’ai pas dit que c’était facile, ni même, faisable.
śāyara jisa mauzū para śera kahanā mumakina na ho usa para śera kahane kī khvāhiśa kahā(n) kī aqlamaṁdī hai! Le poète Et vous trouvez cela intelligent d’écrire un poème sur un sujet impossible en poésie !
laḍḍūvālā phira tū merī jagaha ghusā। apane jigarī kane jāke baiṭha। Le vendeur de gâteaux T’as encore pris ma place ? Va te mettre à côté de ton pote préféré !
kakaṛīvālā abe, terā dimāga to nahīṁ cala gayā? havā se laṛatā rahatā hai! Le vendeur de concombres Hé, t’as perdu la tête ? Toujours en train de te battre contre des moulins à vent !
[do sipāhī pāna kī dukāna para āte haiṁ aura pāna khāte haiṁ।] [Deux policiers s’approchent de l’étal de bétel et sont en train de chiquer du bétel.]
tarabūzavālā phira se jhagaṛā na śurū kara denā, bhaiyā। nahīṁ to ṭokaroṁ meṁ phala kā eka dānā bacegā na sara para eka bāla। Le vendeur de pastèques Hé frère, ne recommencez pas à vous battre sinon il ne vous restera même plus une graine de concombre dans votre panier ni un cheveu sur la tête !
[usī tarafa se eka laṛakā hamīda ātā hai aura pataṁga kī dukāna para jātā hai।] [Hamid, un jeune garçon, entre sur scène du même côté et se dirige vers l’échoppe de cerfs-volants.]
Hamīda kala kahā(n) gāyaba ho gae the? Hamid Mais Monsieur, où est-ce que vous aviez disparu, hier ?
pataṁgavālā sāhaba, zarā tairākī kā melā dekhane cale gae the। Le vendeur de cerfs-volants J’étais juste allé à la fête de la nage, petit.
Hamīda hama yaha samajhe, basa pataṁga-vataṁga becanā choṛa diyā āpane। Hamid J’ai pensé que vous aviez cessé de vendre des cerfs-volants.
pataṁgavālā bhalā pataṁgabāzī aura pataṁga-farośī hamase chūṭa jāe! ajī taubā kījie! kahiye, kauna-sī pataṁga cāhie? hara raṁga, hara naua, hara mazāka, hara bahāra kī pataṁgeṁ maujūda haiṁ, huzūra, kauna-sī pataṁga lījiyegā? dodhāriyā, gilahariyā, pahāṛiyā, dobāza, lalaparā, ghāyala, la(n)goṭiyā, cā(n)da-tārā, bagulā dopannā, tarbūziyā, peṁdīpāna, dokoniyā, kalasarā, kakaṛī, caighaṛā, bājarā, kajakullaha, camacakā, tukkala, jha(n)jāva, mā(n)gadāra… Le vendeur de cerfs-volants Qui, moi ? Cesser de vendre des cerfs-volants ? Arrêter la cervolanterie ! Par pitié, non ! Dis-moi plutôt, quel cerf-volant tu veux. J’en ai de toutes les couleurs, de toutes les formes, un pour chaque humeur, pour chaque saison… Lequel veux-tu, jeune homme ? Do-dhariya (à double rayures), gilahria (en forme d’écureuil), pahariya (en forme de collines), do-baaz (motif à deux ailes), lal-para (aile rouge), ghayal (blessé), langotia (en forme de pagne), tchand-tara (avec la lune et les étoiles), bagula (en forme de héron), do-panna (à feuilles double), kharbouzia (en forme de pastèque), pendi-paan (en forme de feuille de bétel), do-konia (à double coins), kalasra (en forme de cruche), kakri (en forme de concombre), tchau-ghara (motif à quatre pots), bajra (moucheté de grains de millet), kaja-kulaah (chapeau de gendarme), tcham-tchaka (à paillettes), toukkal (le petit cerf-volant en papier), djhandjav (le cyclone), mang-dar (l’assiette de mendiant)…
Hamīda basa bhaī, basa, nāma taka nahīṁ sune ina pataṁgoṁ ke apanī ziṁdagī meṁ। Hamid S’il vous plaît, arrêtez donc, Monsieur ! Je n’ai jamais entendu ces noms de cerfs-volants de toute ma vie !
pataṁgavālā phira kyā pataṁga uṛāte haiṁ āpa? Le vendeur de cerfs-volants Alors quel genre de cerf-volant fais-tu voler ?
Hamīda uṛā lete haiṁ thoṛī-bahuta। āpa to hameṁ sīdhā-sādā dodhāriyā de dījie। Hamid Eh bien, j’en fais voler un comme ça, de temps en temps, en amateur. Donnez-m’en un simple, à double rayures (do-dharia), s’il vous plaît.
pataṁgavālā dodhāriyā lījiye। Le vendeur de cerfs-volants Le voilà !
Hamīda dāma? Hamid C’est combien, Monsieur ?
pataṁgavālā paccīsa kauṛī। Le vendeur de cerfs-volants 25 sous.
Hamīda yaha lījiye। laṛakā pataṁga lekara bāhara calā jātā hai। Hamid Tenez, Monsieur !
[Hamīda pataṁga lekara bāhara calā jātā hai।] [Hamid prend le cerf-volant et s’apprête à quitter la scène.]
kitābavālā [Hamīda se] ai miyā(n), zarā idhara ānā, laṛake! [laṛakā calā jātā hai। maulavī sāhaba lapakate haiṁ।] zarā bāta sunanā, miyā(n)। [maulavī sāhaba dukāna para vāpasa ā jāte haiṁ। kucha dera bāda hamīda bhī ātā hai।] baiṭho! [maulavī sāhaba hātha se apane pāsa baiṭhane ko iśārā karate haiṁ। laṛakā unase dūra haṭakara baiṭhatā hai।] Hamīda nāma hai na tumhārā? Le bouquiniste [À Hamid] Psitt ! Viens ici, Petit ! [Hamid s’en va. Le biographe fait irruption.] Hé garçon, écoute-moi un instant ! [Le biographe retourne à la boutique. Hamid le suit un instant après.] Assieds-toi ! [Le biographe lui fait signe de venir s’asseoir à côté de lui, mais ce dernier s’assied à l’écart.] Tu t’appelles Hamid, n’est-ce pas ?
Hamīda jī! Hamid Oui, Monsieur.
kitābavālā [tazakirānavīsa se] maulānā zarā isa laṛake ke mukha se ustādoṁ kā kalāma suniye। jaisī śakla pāyī hai, bakhudā vaisī hī āvāza। Le bouquiniste [S’adressant au biographe] Maulana ! Vous devriez écouter ce garçon chanter les poèmes des grands maîtres. Croyez-moi, sa voix est aussi belle que son visage !
tazakirānavīsa māśā-allāha! Le biographe Loué soit Allah !
Hamīda kyā sunāū(n), maulānā? Hamid Que voulez-vous entendre, Maulana ?
kitābavālā tumheṁ to ustādoṁ ke pūre-pūre dīvāna hifza haiṁ। hamase kyā pūchate ho, apanī marzī se sunāo। Le bouquiniste Tu connais par cœur des œuvres complètes des grands poètes alors pourquoi nous poser la question ? Chante ce qui te plaît !
hā(n) miyā(n)! Le biographe Oui. Allez, vas-y !
Hamīda eka ġazala sunātā hū(n)। Hamid Je vais vous chanter un ghazel.
[baṛe surīle ḍhaṁga se gātā hai। dukānadāra apanī dukāneṁ choṛakara pāsa ā jāte haiṁ। rāhagīra ruka jāte haiṁ।] [Il chante d’une voix très mélodieuse. Les commerçants quittent leur boutique et s’approchent de lui. Les passants s’arrêtent.]
qāsida, tū merā nāma to lījo na vahā(n) lekina
kahanā koī maratā hai terā cāhane vālā
jaisā ki vaha hī mujhase khafā rūṭha calā thā
allāha ne kyoṁ taba hī mujhe māra na ḍālā
śāyada vahī bana-ṭhanake calā hai kahīṁ ghara se
hai yaha to usī cā(n)da-sī sūrata kā ujālā
saharā meṁ mere hāla pe koī bhī na royā
gara phūṭa ke royā to mere pā(n)va kā chālā
auroṁ ko jo girate hue dekhā to liyā thāma
hama gira bhī paṛe to bhī na zālima ne sa(m)bhālā
hama tujhase isī roza ko rote the, ‘Nazīra’ āha,
kyoṁ tūne paṛhā iśqa-o-muhabbata kā risālā
Ne lui dis pas mon nom, messager,
Mais dis-le lui : « Il se meurt celui dont tu es la bien-aimée ».
Elle partit, en colère contre moi quand elle me quitta
Pourquoi Allah à cet instant ne me tua-t-il pas ?
Là, ce doit être elle qui quitte la maison, si bien parée.
Oui, de son visage radieux, c’est bien la clarté.
Dans le désert, nul ne versa de larmes sur mon lot,
Il n’y eut que les cloques de mes pieds pour éclater en sanglots.
Quand d’autres tombèrent, elle courut pour les aider,
Mais la Cruelle m’ignora quand moi-même je tombai.
Hélas, pauvre Nazir, tu fus averti chaque jour !
Pourquoi dévoras-tu si ardemment le livre de l’Amour ?
śāyara [baṛe tājjuba se] yaha miyā(n) ‘Nazīra’ kī ġazala hai? Le poète [Émerveillé] Ce ghazel est de Maître Nazir ?
hamajolī bhaī, kyā kahane hai hameṁ miyā(n) ‘Nazīra’ ke isa kalāma kī khabara na thī। L’admirateur Quelle merveille ! Je n’avais jamais entendu ce ghazel de Maître Nazir.
kitābavālā Le bouquiniste Mon ami, si un homme s’entraîne tout au long de sa vie, il finira bien par écrire un beau couplet de temps en temps. Rien d’étonnant ! Allons, jeune homme, chante-nous autre chose !
hamajolī L’admirateur Mais Monsieur, c’est un ghazel du terreau des plus grands maîtres !
kitābavālā Le bouquiniste Des poètes de troisième ordre qui poussent leur charrue sur le terreau des grands maîtres, on peut en trouver une foule !
hamajolī L’admirateur Mais Monsieur, il ne fait aucun doute que la tonalité de ce poème de Nazir est pure et sublime.

1 Un fakir ou faquir, (en arabe : faqīr, فقیر, lit. « pauvre »), est un ascète soufi (mouvement de spiritualité de l'islam) dans le sous-continent indien. Ce mot a un sens proche du mot persan derviche (derwiš, درويش, « mendiant »), avec lequel il est parfois confondu. Le terme est notamment employé pour désigner des individus qui réalisent des actes semblant magiques ou surhumains. Dans l'imaginaire occidental, ils sont communément associés aux planches à clous, à la lévitation et, parfois, au charme de serpents.